Texte de Christiane Laforge
lu à la présentation d'Éric Bachand
au Gala de l'Ordre du Bleuet, le 15 juin 2013

Né à Québec le 13 février 1968, Montréalais de séjour pendant 13 ans, Saguenéen de renaissance pendant 20 ans, néo-ontarien de deux ans, Éric Bachand saisit la vie comme un amoureux : à bras le cœur. Son départ en 2011, pour relever de nouveaux défis à Sudbury, ne s’est pas traduit par un sentiment d’absence, car, en tombant en amour avec le Saguenay, il y a laissé une descendance dont la plus remarquable est sans conteste le festival international Regard sur le court métrage au Saguenay.

Issu d’une famille où les arts ne figurent pas sur le podium des passions, Éric tapisse les murs de sa chambre de la Rive-Sud de Montréal des exploits de son idole Jacques Villeneuve. Convaincu de l’insignifiance du cinéma qu’il subit dans les salles commerciales, le collégien lorgne dans la direction de la publicité pour sa carrière. Heureusement, le film Soigne ta droite de Jean-Luc Godard percute ses préjugés. Les réalisations des frères Dardenne, de Robert Morin, de Michael Haneke, d’André Forcier, mais plus encore de John Cassavetes et Wim Wenders renforcent le coup de foudre ressenti. Le cinéma d’auteur incite le jeune homme à entreprendre un Baccalauréat interdisciplinaire en arts à l’Université du Québec à Chicoutimi.

Il se croit passager d’un fjord le temps d’un bac. Mais pendant que ses études le plongent dans une formation artistique dans les domaines du cinéma, du design, de la peinture, de la sculpture et du théâtre, insidieusement, son sang devient couleur bleuet. Définitivement conquis par le 7e art, Éric Bachand l’est aussi par l’effervescence des jeunes artistes de sa région d’adoption, incluant la comédienne Nadia Simard, sa compagne et mère de leurs trois enfants Alexis, Arnaud et Delphine. Boursier de la SODEC, à peine son bac en poche, Éric retourne à Montréal où, à défaut d’argent, il troque du temps comme bénévole au Festival du nouveau cinéma pour y voir le plus de films possible. Il en revient convaincu de la pertinence d’un festival de films à Chicoutimi.

Avec de jeunes cinéastes partageant une même ferveur pour leur art et même désir de travailler en région, il contribue à la fondation de Caravane Film en 1995, un regroupement d'artistes multidisciplinaires œuvrant dans le domaine du cinéma et de la vidéo indépendants du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Caravane Film deviendra le tuteur attitré du festival du court métrage bientôt créé.

En 1996, Éric Bachand s’investit dans la réalisation d’un premier événement festivalier axé sur la relève. Avec une subvention de 500 $ octroyée par l’UQAC, il concrétise la première édition du festival Regard sur la relève du cinéma québécois au Saguenay. Un début modeste, avec trois projections devant 60 cinéphiles. Un hameçon appâté de l’espoir de doter la région d’un festival qui attirera les regards sur ce qui se produit ici, entièrement consacré aux jeunes cinéastes professionnels québécois et aux films de qualité qui ne trouvent pas leur place dans le réseau de distribution commercial. Dès la seconde édition, fort de l’appui financier de plusieurs commanditaires, Éric Bachand, Sébastien Pilote et Isabelle Rioux mettent tout en œuvre pour doter le festival d’un avenir prometteur. Ils réussissent à y intéresser dix cinéastes professionnels. Ils seront quarante l’année suivante et leur nombre croîtra avec les années.

À sa sixième année, cet événement a acquis une belle maturité. La relève est devenue professionnelle, le court métrage a acquis ses titres de noblesse, 40 % des films projetés proviennent de différents pays. Un changement de nom s’impose. L’édition 2003 devient le festival international Regard sur le court métrage au Saguenay. Depuis le début et jusqu’en 2011, Éric Bachand en assume la direction artistique, assurant une place de choix aux cinéastes locaux en instaurant le volet 100 % Saguenay. Il laisse un Regard éblouissant : 160 courts métrages de 20 pays différents projetés, 66 films en compétition, plus de 25 000 spectateurs. L’événement est classé parmi les six festivals majeurs du genre en Amérique du Nord et le plus important au Québec. « Un jour, peut-être qu'on dira que le Saguenay est au court métrage ce qu'Angoulême est à la bande dessinée », prédisait-il alors.

Entre les obligations parentales et le festival, Éric Bachand — scénariste, réalisateur, producteur, programmateur et superviseur de projet — réalise de courts documentaires pour la télévision (ARTV, TV5 et Télé-Québec) présentés aux émissions La poudre d'escampette, Le vrai monde, Les choix de Sophie, Palmarès. Membre de l’Atelier ToutTout, regroupement d’artistes en art visuels, il collabore à des créations d’autres artistes : Claudine Cotton, Daniel Danis, le Centre d’expérimentation musicale. Sa propre démarche artistique contemporaine en vidéo, installation et performance le conduit à travers le Québec jusqu’à Jarnac en France. Sa filmographie comprend plusieurs courts métrages dont Mon amour c’est à ton tour (prix pour la meilleure direction photo au Festival de cinéma international des premières œuvres de Sainte-Thérèse et Le bonheur des poissons d’hiver. Il a aussi produit Mélancolique in Chicoutimi, réalisé par Stephen Shellengerger.

En août 2011, Éric Bachand accepte le poste de producteur, réalisateur et journaliste au sein de la télévision francophone en Ontario (TFO) à Sudbury. Fidèle à sa nature impétueuse, il se déclare très vite franco-ontarien de cœur, mais assure maintenir ses liens avec son Saguenay d’âme. Anne-Marie Gravel du Journal Le Quotidien cite sa promesse : « Je serai un bon ambassadeur du festival à l'extérieur. L'amour du court métrage ne me quitte pas. Je vais revenir ». Nous y croyons et, ce soir, nous lui démontrons qu’il est des nôtres.


Le 15 juin 2013
ÉRIC BACHAND

Père de Regard sur le court métrage au Saguenay
Ardent défenseur du cinéma d’auteur

fut reçu membre de L’Ordre du Bleuet

***

mercredi 8 mai 2013

Éric Bachand sur vidéo au Gala 2013


Quelques minutes pour se souvenir d'un grand moment

Gala 2013 de l'Ordre du Bleuet
Éric Bachand



        

POURQUOI L'ORDRE DU BLEUET

L'intensité et la qualité de la vie culturelle et artistique au Saguenay-Lac-Saint-Jean est reconnue bien au-delà de nos frontières. Nos artistes, par leur talent, sont devenus les ambassadeurs d'une terre féconde où cohabitent avec succès toutes les disciplines artistiques. Cet extraordinaire héritage nous le devons à de nombreuses personnes qui ont contribué à l'éclosion, à la formation et au rayonnement de nos artistes et créateurs. La Société de l'Ordre du Bleuet a été fondée pour leurs rendre hommage. La grandeur d'une société se mesure par la diversité et la qualité de ses institutions culturelles. Mais et surtout par sa volonté à reconnaître l'excellence du parcours de ceux et celles qui en sont issus.